Thierry MARTIN



FABLES GRIVOISES




A ma mie, pour des jours sans faim; Cette dédicace, qui ne mange pas de pain. Et puis bien sur, à Jean...







Copyright

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Avant-Propos




Un jour, un ami me raconte l'histoire de la souris et du rhinocéros. Sans doute par le fait qu'il l'ait mal racontée (un rhinocéros n'ayant pas particulièrement une grande queue), mais malgré tout séduit par la chute, il m'est venu l'idée d'en tirer une fable à la manière de Jean de la Fontaine; Il faut dire que, dans ce cas précis, l'histoire s'y prêtait merveilleusement bien et il ne me fut donc guère difficile d'écrire les quelques vers qui allaient devenir « La souris et le lion ».
Fort du succès de ce premier essai, je décidais sur-le-champ de récidiver en prenant pour base une gaudriole que je me plaisais à raconter. Le pli étant pris, et, en outre, étant passionné d'informatique, il fallait bien que je trouve une raison, plus ou moins sérieuse pour utiliser mon traitement de texte favori, c'est ainsi que m'est venue l'idée de ce recueil.
Je me suis donc fixé comme base de travail une fable par jour, toutes ayant un support plus ou moins paillard, avec, bien entendu, une morale dans le style de La Fontaine, du moins autant que faire se put, pour un total d'une centaine. Je m'excuse donc ici auprès de mes proches pour ces longs moments d'absence où je tapotais frénétiquement sur mon clavier quand je ne cherchais pas, en vain, une idée pour la prochaine fable (alors qu'à chaque fois, cette idée me venait brusquement et je devais m'empresser de la noter avant qu'elle ne se perde dans les brumes).
Après une courte introduction sur la fable et les fabulistes, j'ai tenu à honorer Jean de la Fontaine, sans qui ce recueil n'existerait pas, c'est pourquoi vous trouverez quelques notes le concernant au début de cet ouvrage.
De plus, mettant en scène des animaux pour leur faire tenir des propos, leur faire exprimer des sentiments, je ne pouvais faire moins que de rappeler le sens du mot anthropomorphisme. C'est ainsi que j'ai essayé de compiler à la fin de cet ouvrage quelques expressions concernant nos amis.
Et puisque l'animal naît, vie et meurt comme nous, puisqu'il pense, rêve et qu'il ne leur manque que la parole (sauf ici bien sur), il n'est pas inutile de vous rappeler le texte de la « Déclaration universelle des droits des animaux » texte que vous trouverez à la fin de ce recueil.

J'espère que ces modestes histoires vous plairont, il se peut que quelques unes ne vous soient pas inconnues, pleins de gags sont lâchés dans la nature et l'on ne sait plus trop qui en a été à l'origine, mais du moins, vous les découvrirez sous une autre facette; Certaines de mon cru vous surprendront peut-être, en tout cas puises-je vous tirer quelques sourires, sinon mieux, c'est là mon seul souhait.







La Fable et les Fabulistes




La Fable




Le terme exact serait plutôt "apologue" : petit récit allégorique exposant une vérité morale. Une fable est un apologue.
Une fable est définie comme suit par le dictionnaire : « Court récit, généralement en vers, que conclut une moralité ». Pour le grand public, l'acceptation est à la fois quelque peu différente, ceci est surtout dû à Jean de La Fontaine qui représente pratiquement le seul fabuliste connu. La fable devient essentiellement animalière, nécessairement en vers et la morale peut se trouver à tout endroit du récit, dictée par l'auteur en aparté, sortant de la bouche de l'un des protagonistes ou enfin sentencieuse.

Ésope est considéré comme le créateur de la fable :
Les "Fables ésopiques" sont des fables attribuées à Ésope (voir plus loin) mais recueillies par Démétrios de Phalère (IVe s. av. J.-C.). Compilées par Maximos Planude (v. 1260 1310), versifiées par Babrias elles mettent presque toujours en scène des animaux et concluent à une morale populaire.

Au XVIe s., Rabelais insère dans son oeuvre quelques fables (en prose)
Marot écrit en vers le Lion et le Rat.
Les Fables de La Fontaine scelleront leur popularité en France.




Les Fabulistes




Abstemius (Lorenzo Bevilacqua, dit), né à Macerata, auteur de Fables latines dont La Fontaine s'est parfois inspiré.
Démétrios de Phalère v. 325 av. J.-C. aurait recueillie les fables d'Esope.
Dmitriev (Ivan Ivanovitch) né à Bogorodskoïe en 1760, composa des fables, des chansons, des contes, des odes.
Ésope (VIIe-VIe s. av. J.-C.), esclave grec affranchi, boiteux (son nom signifie "pieds inégaux"), c'était un conteur qui n'a sans doute jamais écrit aucunes Fables.
Florian (Jean-Pierre Claris de) né à Sauve en 1755. Petit-neveu de Voltaire, il écrivit des chansons (Plaisir d'amour), mais reste surtout connu pour ses Fables (1792), à la morale simple et claire. Elu à l'Académie Française en 1788.
Franc-Nohain (Maurice Legrand, dit) né à Corbigny dans la Nièvre en 1872, écrivain français. Auteur de poésies, de pièces et de Fables (éditées de 1921 à 1936).
Góngora y Argote (Luis de) né à Cordoue en 1561, poète et ecclésiastique espagnol. Il est l'auteur de la Fable de Polyphème et Galatée (1612) et des Solitudes (1613).
Gozzi (Carlo) né à Venise en 1720, auteur de "fiabe" (fables transcrites pour la scène): l'Amour des trois oranges, Turandot.
Hagedorn (Friedrich von) né à Hambourg en 1708, Subit fortement l'influence de La Fontaine dans ses Fables et Contes (1738).
Iriarte (Tomás de) né à Orotava, Tenerife en 1750, connu surtout pour ses Fábulas literarias ("Fables littéraires", 1782).
Krylov (Ivan Andreïevitch) né à Moscou en 1769, Imitateur de La fontaine, il remplace celui-ci dans le coeur des russes.
Luqman ou Lokman, mentionné dans le Coran. On lui attribue un recueil de fables imitées d'Ésope.
Niemcewicz (Julian Ursyn) né en Lituanie en 1757, auteur de fables et de romans, connu surtout pour son action politique.
Perrault (Charles) né à Paris en 1628, est surtout connu pour ses Contes de ma mère 'Oye (édités sous le nom de son fils), composés d'après d'anciens récits traditionnels. Elu à l'Académie Française en 1671.
Phèdre né en Macédoine vers 15 av. J.-CC., fabuliste latin, imitateur d'Ésope.
Pilpay ou Bidpay, brahmane indien né au IIIe s. av. J.-C,auteur de célèbres apologues, qui furent en partie repris par La Fontaine dans ses fables.
Planude, moine byzantin du XIVe s., a compilé les Fables Esopienne.

N'en manque-t-il pas un ? Ah oui, ce bon Monsieur de La Fontaine ! Nous allions l'oublier...







Jean La Fontaine




Sa Vie




Jean de la Fontaine est né à Chateau-Thierry en 1621. Avocat au Parlement, il se marie en 1647 et reprend en 1652 la charge de son père, maître des Eaux et Forêts. De même qu'il a très peu plaidé, il se montre aussi fonctionnaire négligent, ne se souciant ni de sa femme, ni de ses enfants, il s'installe à Paris où il fréquente les cercles libertins de l'époque.
Protégé du surintendant Fouquet, de la duchesse de Bouillon, de la duchesse douairière d'Orléans, de Mme de La Sablière et de Mme d'Hervart, il mène une vie de loisirs et publie : « Élégie aux nymphes de Vaux » en 1661, « Ode au roi pour M. Fouquet » en 1663 qui sont des poèmes de circonstance pour défendre vaillamment son protecteur au moment de sa chute.
Cette vocation poétique s'est éveillée à la lecture d'une ode de Malherbe, Mais il lit tout : Benserade, Voiture, Rabelais, Boccace. Il traduit « l'Eunuque de Térence » en 1654, compose une comédie, « Clymène » vers 1659, et un poème, « Adonis ». Peu après, il se lie intimement avec Molière, Boileau et Racine. En 1684, il fut élu à l'Académie, quand Louis XIV, qui ne l'appréciait que modérément, eût mis fin à son opposition.

La vieillesse et la maladie amenèrent sa conversion en 1692. Il mourut à Paris en 1695.




Son Oeuvre




La Fontaine s'est essayé dans tous les genres :
Outre les élégies, les traductions, la comédie et la poésie, il faut citer « les Amours de Psyché et de Cupidon » en 1669, roman en prose et en vers, « Philémon et Baucis » en 1685, des épîtres : « Epître à Huet », « Discours à Madame de la Sablière ». Il a laissé aussi de charmantes lettres, notamment celles à Madame de La Fontaine et à son ami Maucroix.
Il s'est fait connaître par ses « Contes et Nouvelles » écrit de 1665 à 1674 en vers irréguliers, ce sont des récits libertins et licencieux (déjà !). Ecrits pour la Duchesse de Bouillon, ils empruntent leurs sujets à Boccace, à l'Arioste et aux nouvellistes italiens.
Ses Fables ont immortalisé son nom. Il s'inspira surtout des Anciens, en particulier Esope, mais il a totalement renouvelé le genre: la fable n'est plus la sèche démonstration d'une morale, c'est un court récit à l'intrigue rapide et vive.




Les Fables




Ses premières fables furent publiées en un recueil de six livres en 1668, deux autres recueils parurent en 1678-79 (livres 7 à 11), le douzième livre en 1694. Il s'est inspiré d'auteurs anciens, Ésope et Phèdre, notamment, mais il y a mis la liberté du style, son sens épicurien, une philosophie indulgente tout autant qu'une satire des moeurs et du ridicule de l'époque, tout comme son ami Molière. Avec lui, la fable n'est plus seulement didactique et impersonnelle, on sent dans son oeuvre une certaine rancune contre la société et les censeurs de l'époque dans ses fables non-animalières particulièrement (Contre ceux qui ont le goût difficile). Il a été, de beaucoup, le meilleur peintre de la nature et de la nature de l'homme, ses animaux sont vivants et à l'anthropomorphisme outrancier.

Sa vie, si elle fut caractérisée par un certain manque du sens des responsabilités, est rachetée par un certain regret à ne pas être meilleur, les travailleurs et les méritants ont souvent le beau rôle dans ses fables, il aime à attraper le farceur et se moque de l'ambition et de l'orgueil. Pourtant, si la fourmi l'emporte sur la cigale, on sent une certaine indulgence vis à vis de celle-ci, car son amour le plus fort à toujours été celui de la liberté.







FABLES







La souris et le lion




Au volant de sa Porsche, une petite souris
S'en fut gaiement, conduisant un peu casse-cou.
C'est alors que dans une fosse, elle vit
Le roi des animaux coincé et plein de courroux.

- Eh ! le lion ! qu'as-tu ? je te vois bien marri !
Aurais-tu perdu quelque chose ? que fais tu la tête en bas ?

- Au lieu de te moquer, tu ferais mieux de me sortir de là
Sinon, par ma foi, je jure que je t'ôterais la vie.

La souris embraya, mis la marche arrière :
- Eh le lion ! accroche-toi à mes pare-chocs,
Je vais te tirer de là, arrête tes prières
Et ne m'en veux pas trop si je me moque.

Elle fit rugir son moteur, ainsi que le lion
Et le tira de là, plein de compassion.

Je puis avoir besoin de lui, se dit-elle,
Elle avait bien dit, car à conduire comme une folle,
Elle ne tarda pas, elle aussi, à déraper sur une tôle.
La Porsche fit une embardée, elle se ramassa une pelle,
Tant et si bien que le trou, qui avait accueilli le lion,
Fut pour elle un puits, d'où elle cria sa déception :

- Le lion le lion ! reviens !, je suis coincée aussi !
- Ah ma mie, je te dois bien ça, tiens ! prend le bout !
Sans se faire prier, aussitôt, sa bonne action il fit :
Avec sa queue qu'il glissa jusque dans le fond du trou.

La petite souris s'agrippa, sortit, le museau un peu honteux
Et se dit que, ma foi, la vie est bien moche
Car quand on a une grande queue,
On n'a pas besoin de Porsche.




Le pied de l'ourse




De par toute la contrée et toutes les nuits durants,
Dame ourse gémissait et criait tant sa langueur
Qu'il fut impossible à tous ces braves gens
De trouver, un tant soi peu, sommeil à pareille heure.

En conseil, ils se réunirent,
Afin de faire cesser ce raffut.
L'ourse donc, ils firent venir,
Et voici ce qu'il en fut :

- Dame ourse, nous comprenons votre bonheur,
Mais ne serait ce point possible de faire moins de fracas ?
- J'aimerais assez, dit-elle, vous tirer de l'embarras,
Mais, qu'y puis-je, toute la journée au labeur
Mes pieds sont écorchés, écrasés, compressés,
Tant et tant que mon mari, dans sa bonté,
Passe toute sa nuit à me les masser.
C'est cela, mes amis, qui me fait tant crier.

L'assemblée se dispersa, un peu honteuse,
Tout un chacun pensant qu'au lieu d'être heureuse,
De mille maux aux pieds, et non par vice,
Celle-ci ne hurlait-elle pas son supplice ?
Le renard, quand même fort étonné,
Alla voir Dame ourse pour lui tirer son secret :
- Au lieu de faire souffrir, n'est-ce pas plutôt pour soulager
Que les massages aux pieds, ton mari te prodiguait ?

- Si fait, maître Goupil, mais qui te parle de douleurs ?
Ne le sais-tu point déjà ? je te le dis sur l'heure
Qu'il n'est point besoin de mentir
Pour cacher la vérité
Et si tu promets de ne rien dire,
Je veux bien te l'avouer
Que s'il est un plaisir à nul autre pareil,
C'est de se faire caresser entre les deux gros orteils.




Les cornes du taureau




Un glorieux taureau, roi des pâturages,
Sur son troupeau, régnait sans partage.
On l'admirait de partout, tant et tant,
Qu'il devint hautain, orgueilleux comme un paon.

Mais voici qu'un matin, recevant ses flatteurs,
Il compta en soupirant : c'était grand malheur,
Son épouse, sa moitié, qui manquait au cheptel,
Dans la nuit s'était enfuie, pour du blé en herbe,
Il baissa la tête, perdant de sa superbe
Et se mis à meugler de douleur tout en pensant à elle.
Puis il se mit à jurer, que de ce taurillon...
Mais déjà de lui, se détournaient ces félons.
Il devint la risée dans tout le terroir,
A la cour du roi, il n'était plus invité,
Les gens le fuyaient, leurs âmes bien noires,
Plus personne avec lui, ne voulut discuter.

Ah, se dit-il, cela dépasse les bornes !
Il faut prendre le problème par les cornes.
A l'instant, il se mit en quête d'une autre compagne,
Il faut chercher partout, battre la campagne.

Mais se demandant pourquoi il portait cette ramure,
Les génisses le fuyaient, lui conseillant la bure.
Impossible, dans ce cas, de déclarer sa flamme,
Le misérable jugea, bientôt pris de vertiges,
Qu'au figuré, comme au littéral, lorsque l'on perd sa femme,
L'on perd aussi bien vite ce que fut tout prestige.




Les animaux cuisiniers




- S'il est, dit le boeuf, un met à nul autre pareil,
C'est assurément, les rognons de mouton au madère.
Accompagné, bien sûr, du pur jus de la treille,
Ce met de choix devient extraordinaire.

- Cela ne vaut sans doute pas les tripes à la mode de Caen,
Qui, accompagnées d'un Médoc et préparées comme il se doit,
Dans un four bien chaud et douze heures durant.
Deviennent dignes de la table d'un roi.
Encore meilleur, peut-être, que la queue de boeuf en hochepot.
Ainsi parla le mouton, qui ne voulait pas qu'on laisse faire
Du mal à sa famille, en voulant la mettre au pot.
Mais ne voulant pas, du colosse châtré, subir la colère
Il ajouta bien vite, avisant une délicieuse volaille :
- Mais je dois reconnaître que de tous les morceaux,
Le plus gras, le plus succulent, en somme le plus beau,
Celui avec qui, on aime à faire grande ripaille
C'est assurément le croupion de ce joli chapon,
Le boeuf, calmé, ajouta qu'en la matière,
Revenu au Bourgogne et déglacé au Bourbon,
Il n'eut rien mangé de mieux, depuis l'année dernière !

Reniflant son amie, un basset a poil raz,
Encore tout étourdi par cet événement,
Se dit, les entendant, qu'à proximité des excréments,
Se trouvait le régal du palais et les meilleurs plats.




La chèvre et le légionnaire




Un brave légionnaire, toute jeune recrue encore,
S'en alla servir quelque part en Afrique du nord.
A peine arrivé dans ce camp isolé,
Un militaire, suivit de sa cour, il vit s'approcher.
Un peu horrifié, voici ce qu'il entendit :
- C'est, lui dit-on, pénible parfois
Pas de loisirs, et pour te bercer, pas de bras,
C'est ainsi que dans cet enclos, des chèvres on y a mis !

- Quoi ? vous voulez dire que... non, vous vous moquez.
- Si c'est ce que tu crois. Mais avec le temps, on verra
Qui de nous deux, le premier flanchera !
- Je vous dis que ça suffit, je crois que c'en est assez !

Puis le temps passa, la jeune recrue s'aguerrit
A l'art de la guerre, comment tuer l'ennemi.
Mais l'amour lui manquait, c'est ainsi qu'on le vit
Autour de l'enclos, tourner avec envie.

Quelque temps plus tard, une nuit, il le fit :
Une chèvre il surprit et commença son affaire
Quand tout autour de lui, ses camarades il vit
Rire et se moquer de lui, pour ce qu'il allait faire
Mais pourquoi ces cris ? Pourquoi ces moqueries ?
Vous même et sitôt arrivé, ne m'avez vous pas avoué
Que, du mal d'amour, de cette manière, vous avez guéri ?
- Doucement, ne t'énerves pas, nous allons t'expliquer
Que si parfois les gens pensent du mal de toi
Ce n'est pas toujours pour ce que tu crois.
Car ta compagne d'une nuit, celle que tu convoitises
Celle que, sans nous, tu aurais sans doute prise
L'as tu fait parce qu'elle était la plus proche ?
En tout cas nous, nous rions, car tu choisis la plus moche !




Les deux guêpes




Deux guêpes maçonnes, construisant leurs nids,
Une venant de France, l'autre d'Italie,
Se querellèrent bientôt, pour savoir sur la chaux,
Laquelle, la plus fameuse, fais le mortier le plus beau.

- C'est, sur la Deûle, à Lens exactement,
Dit celle qui venait du Pas-de-Calais,
Que l'industrie a dû son succès,
Est arrivée au firmament,
Pour être bâti à chaux et à sable.
Dans votre botte, vous n'en êtes point capable.

- Que nenni, vous parlez comme un âne.
Dit celle qui venait de Toscane,
C'est sur l'Arno, à Pise précisément,
Qu'on a construit de plus beaux bâtiments,
Le Campanile, le palais des Médicis et de Galileo,
Que votre industrie qui va à veau l'eau.

- Tout au plus au lait de chaux vous n'êtes bon,
Badigeonnez vos monuments ! Même pas ton sur ton !
Et cette tour qui ne demande qu'à tomber
Prouve bien votre prétention et votre fatuité.
Ces hyménoptères en furie
Sortirent aussitôt leurs aiguillons !
Un bourdon, attiré par cette cacophonie,
Voulu s'immiscer dans la conversation.

A vouloir ainsi donner la réplique
On risque fort de ne rien entendre à la polémique
- Pourquoi se chamailler ainsi mes soeurs ?
Car que ce soit à Pise, que ce soit en France,
Qu'il s'agisse de la chaude-pisse ou de la chaude-lance,
Ecoutez mes lumières : Vous chantez d'un même choeur.




La leçon du hibou




Maître hibou, débutant son cours,
Eu fort à faire devant son assemblée,
- Aujourd'hui, la leçon du jour...
Il n'y avait plus personne pour l'écouter.

- La saison de chasse est ouverte,
J'ai repéré quelques laissées,
Dit le loup, avide de sanglier.
- Encore, pour sur, votre langue verte,
Qu'est-ce encore que ce mot, demanda l'équidé ?
- Vous avez bien vu, c'est comme votre crottin
Mais à chaque animal, il faut donner le sien.
Comme cette chiure de mouche, posée sur votre nez.

- C'est la géographie que vous devez étudier
Et qui peut me dire céans, la capitale de la Colombie ?
- Un colombin je peux, répliqua l'épervier,
C'est la que l'on reconnaît le passage des perdrix.

- Sot que vous êtes, vous ne connaissez point Bogota
Vous vous croyez malin, mais vous marquez le pas.

- Qui pourrait me donner, un chef-lieu de canton,
Qui se trouverait, tenez, pourquoi pas dans la Gironde ?
Personne ne dit mot, mais qui connaît le monde ?
- Alors, on ne sait pas, vous rabaissez le ton ?
Le Bouscat, par exemple, fit fièrement l'oiseau.
- La bouse, ça je sais, dit l'ours, un drôle décimant les troupeaux,
Le caca, fit l'oie, j'en fais de fameuse couleur.
- Il suffit ! et quel lac est tapi au fond de l'Arménie ?
Allons, parlez, manifestez, répondez sans peur,
Personne ne connaît Sevan, pas plus que l'Italie !

S'il est un sujet que vous possédez, somme toute,
C'est parler, à l'envi, des crottes de souris,
Des fientes et du guano, car comme tout français sans doute,
Vous êtes bien plus fort en fèces, qu'en géographie.




Le terrier écossais




Un scottish terrier, à côté de sa belle, ce matin,
Avait la mine fort ennuyée, l'air désolé, hélas.
- Mais, qu'y a-t-il ? quel est donc ce chagrin ?
Je donnerais bien un renard, de ma dernière chasse
Pour savoir enfin, ce qui peut vous tourmenter,
Allez-vous enfin, finir par me l'avouer ?

- Ma mie, je ne puis point, le sujet est trop sensible,
Car si vous saviez, je crois que je perdrais la mise.
Et arrêtez par vos regards, de me prendre pour cible,
C'est trop de douleurs, assez ! Vous êtes déjà prise.

- Je suis mon seul propriétaire, à personne je ne fais fête,
Et enfin, de quoi parlez-vous ? Cessez de me faire attendre,
Et dites moi bien vite, ce que vous avez en tête.
- C'est, dit-il, que j'aimerais tant vous prendre.

- Me prendre, la bonne idée, était-il besoin de tant tergiverser ?
Allez, venez, et séchez vos mauvaises pensées,
Bien sur, je suis à vous, ne l'aviez-vous point deviné ?
Tenez, allez-y, puisque personne n'est là pour nous guetter.

Le terrier fit son oeuvre, il s'y prit comme un maître,
Mais son extase consommée, le malheur inonda sa face.
- Qu'est-ce encore, malgré toutes mes bonnes grâces,
Je vois que votre affliction, au lieu de disparaître,
Est encore plus forte, qu'au premier abord,
Si j'avais su ceci, je n'aurai pas donné mon accord !

Elle avait oublié que tant le naturel a de force,
Qu'il suffit souvent d'en avoir une amorce,
La belle à force de supplier, obtint une réponse sur le tard,
- C'est, dit-il, que je n'ai point eu mon renard !




Le hanneton et les abeilles




Un hanneton, par un voyage fatigué,
S'en fut chez les abeilles, demander l'hospitalité.
- S'il vous plaît ma mie, ne refusez point votre ruche
A un pauvre coléoptère, ne faites pas l'autruche.

L'apis, dont ce n'était point les manières,
Voulu bien, pour une fois, y déroger,
- Pour une nuit, vous pourrez coucher,
Mais cette fois-ci sera la dernière.

On plaça donc le bougre épuisé
Dans une alvéole inoccupée.
Lorsque la nuit se mit à tomber,
A peine endormi, il fut réveillé.

Des cris, des soupirs vinrent le tourmenter,
Une femme assurément ! Elle avait l'air d'y goûter.
Malgré sa lassitude, il en fut excité,
Aussitôt, il se mit à se contenter.

Ah, la bougresse, elle avait la santé !
Car, lui, exténué, elle reprit de plus belle
Il tapa la cloison, voulu l'arrêter,
Rien n'y fit, sur ! Elle n'était point pucelle.

Lorsque enfin, elle poussa un long cri,
Puis plus rien, enfin ! Il se rendormit
Pour être réveillé à l'instant, avant même un rêve.
- Il faut vous réveiller, un nouveau jour se lève !

Les apparences sont trompeuses, c'est ainsi,
Et quand on ne sait trop, il vaut mieux se taire.
- Mais dit-il, chez vous c'est l'enfer,
Tout à côté de moi, une de vos amies...
- Ne m'en parler pas, la pauvresse,
Elle a dû crier toute la nuit,
Et il est pour nous grande tristesse :
Au petit matin, son âme est partie.




Les fruits de l'amour




Un brave cultivateur fit venir son frère,
Ainsi que sa jeune femme, la voulant connaître.
Il les installa fenêtre sur cour, et cadre champêtre,
Dans sa meilleure chambre, comme l'aurait fait son père.

Après avoir gambadé dans cette campagne bucolique,
Les amoureux transis, profitant du moment unique,
Toute la nuit durant, célébrèrent leurs noces,
Faisant ce qu'il fallait afin que l'amour se renforce.

Au saut du lit, ils entendirent, pensant qu'ils révèrent
- Qu'est-ce donc que cela, que sont ces saletés ?
Vociféra en colère, le propriétaire.
- Mais, mon parent, nous avons juste consommé,
Les fruits de l'amour, était-ce immoral ?
J'aurai cru pourtant, que nous ne faisions rien de mal.

L'amour n'est pas sale, rien n'est interdit,
C'est la saleté elle-même que je veux voir banni,
J'aurai même concédé juste un peu de bruit.
Les fruits, c'est certain, vous pouvez consommer,
Mais assez pour aujourd'hui, je ne puis tolérer
Qu'à jeter leurs peaux jusque sur ma truie,
L'infortunée, ayant voulu les avaler, en est morte.
Le mieux pour vous, serait que vous preniez la porte.




Le destrier et sa monture




Un fier coursier, encore poulain, il y a un an à peine,
Voulait, en son dessein, faire, d'une pouliche, une reine.
Il choisit, entre toute, la plus adorable des pucelles,
Elle avait un cou gracieux, mon Dieu, qu'elle était belle.

Il fait froid, lui dit-il, attend, je vais te couvrir,
Elle rua fort, cinq essais il lui fallut, avant de réussir.
Quand il força l'accès, il eut aussi mal qu'elle,
Mais elle ne bougeait déjà plus, finit la bagatelle.

Quand une vieille haridelle, déjà sur son déclin,
S'offrit à lui, pensant que ce serait la dernière fois,
De telle manière, qu'il en resta pantois.
Elle se dit, c'est fini, c'est bientôt la fin,
Je vais lui montrer toutes les plus belles figures,
Sa vie durant, il se souviendra de moi, je le jure.
Les choses qu'il n'a jamais osées, même en rêvant,
Rendra ridicules, les plus splendides lipizzans.

Ce qui prouve, encore une fois, mais, avouez, vous le saviez déjà,
Que c'est dans les vieilles marmites, qu'on fait les meilleurs plats.




Le chien galeux




Il était méprisable, traînait de par les rues,
Vidait les poubelles, se nourrissant d'un rien,
Quand le soir venu, pour s'abriter d'un grain,
Il couchait sous les ponts, presque à moitié nu.

Quand, passant par là, un dogue de Bordeaux,
Après un festin d'enfer, qu'il était bon ce Médoc,
Vit le pauvre diable, avec ses os et sa peau,
On ne sait ce qu'il lui prit, il lui baissa son froc.

L'endormi n'en sut rien, mais au petit matin,
Il vit que la providence lui avait fait un cadeau :
Une grasse côtelette, tout près de son museau,
Cela ne pouvait tomber mieux, il avait grande faim.

Le soir même, la même scène se perpétra.
Le soir d'après encore, et les jours suivant tout autant.
Lorsqu'un matin, son morceau d'agneau reniflant,
Il se dit, non ma foi, ce n'est pas bon pour moi.

La vérité est plus cruelle que celle que l'on croit connaître,
Car ce cabot, cet incapable, ce cancre sans maître,
Pensait, qu'il ne digérait pas la côtelette, assurément
La preuve, il n'avait jamais eu si mal au fondement.




Le goret chez les truies




Un goret un peu cochon, se conduisait comme un porc,
Avec les femmes, il ne lui restait plus que les belles de nuit,
Encore que, seules, dans sa race, on voulut bien encore de lui,
C'est ainsi, qu'un jour, ou il puait encore plus fort,
Il en avisa une, pour savoir quel était son prix.,
S'il y avait des conditions, s'il serait reçu en ami.

Devant sa mine pitoyable; la belle lui dit en ces mots :
- Ce sera sous le porche, si tu n'as qu'un écu en poche.
- Et si je détiens plus, que m'offres-tu en gros ?
Tu serais fortuné ? sais-tu que tu n'est pas si moche ?

Pour huit écus en tout, je puis t'offrir le rêve,
Là haut, sous les faîtières, je te ferais mille douceurs,
Tout ce qui est interdit, je le ferais sans trêve,
Toute la nuit durant, tu connaîtras le bonheur.

Notre verrat, sortit, quoi qu'on en dise, sonnant et trébuchant, dix écus !
Quoi ? Avait-elle bien compris ? A ce point, la truie lui avait-elle plût ?
- Ce sera alors la fête, vous saurez tout de mes charmes aréolaires !
Que devrais-je faire en plus, monsieur est connaisseur,
Pour ajouter encore au montant du bonheur ?
- Que nenni, dix fois sous le porche ferait mieux mon affaire.

Le remarquable à son prix, mais c'est affaire de curieux
Du délicieux sur terre, qui vivent en Epicurie.
Parfois, on dit : c'est trop cher, je n'en ai plus envie,
Alors que la goinfrerie, c'est souvent plus dispendieux.




Le lion et sa première dame




Un fier lion, pas encore roi, mais presque,
S'en fut, la crinière altière, surveiller la chasse.
Ces dames, lorsqu'elles le virent approcher, s'effacent,
Quand sa première lui dit, aussi belle qu'une fresque :

- Seigneur, votre garage est ouvert, on pourrait vous voler !
- Que dites-vous ? Je n'entends rien à vos propos,
Vous feriez mieux, ma chère, de surveiller vos mots,
Allez à vos affaires, l'affût, vous devez surveiller.

- Excusez-moi d'insister, mais si béante est la remise,
Vous pourriez derechef, voir vos atouts s'envoler.
- Assez, il suffit, est-ce parce que vous êtes ma promise ,
Que vous vous permettez de m'offenser ?

N'ayant rien compris, n'ayant faire d'un véhicule,
En prince, il continua ses inspections, en pensant : " elle fabule "
Mais la chasse terminée, lorsque le jour faiblit,
Ses lionceaux étonnés, relatèrent sa nudité démunie.

C'était donc cela ? Il ne faut pas se laisser déconcerter,
Il alla voir la lionne et, pensant réparer l'outrage, du moins, s'il put
La questionna : - Etait-ce une Mercédes, une Porsche, une BMW,
Que vous avez vue en mon garage, au petit matin, lors de la battue ?

Hélas, la suffisance ne peut rien pour ceux,
Qui par la nature ne sont pas bien nés.
- Non, cela ressemblait plutôt, n'est-ce pas honteux,
A une vieille Deux-Chevaux, avec deux roues crevées !




Le pique-boeuf




Un pique-boeuf, travailleur honnête,
S'était fait spécialité, il n'en était pas peu fier,
De nettoyer incisives, canines, et molaires,
Des animaux à corne et autres grosses bêtes.
Devant le danger des mâchoires refermées,
Il savait esquiver, jamais ne fut touché.
Et il fallait voir avec quelle prestance,
Cet artiste bien né recherchait sa pitance.

Mais voila qu'un jour, il voulut voyager,
Trouver d'autres cieux où il pourrait faire valoir
Ses dons inestimables, travailler tard le soir,
Donner de sa personne, connaître le monde entier.
A cette occasion, il rencontra une belle.
De ses dons les plus forts, il voulut lui cacher,
Voulant, que de lui seul, elle soit amourachée.
Enfin, les délices de l'amour, il connut avec elle.

- Vous êtes stomatologue ou dentiste j'espère ?
Car pour ne rien vous dissimuler, j'hésite entre les deux métiers.
A ces mots, il fit l'étonné, ainsi donc, avait-elle deviné ?
- Et même un bon dentiste, un dentiste extraordinaire !
Celui que tout le monde espère, en somme le suprême.
Ces mots furent pour lui la certitude qu'il était la crème.

Ce n'était plus possible, il allait avouer.
Mais ne savait-il pas que le plus doué des passériformes
Pouvait avoir des faiblesses cachées, en somme être hors normes ?
- Vous êtes superbe, dit-elle, je n'ai rien senti passer.




L'âne qui voulait se marier




Un âne qui voulait prendre femme, il n'était pas trop tôt
S'en alla un jour demander conseil au curé.
Car il faut vous le dire, il était un peu bigot.
- Il faut qu'elle soit bien faite, et quand même potelée
Car beaucoup de paroissiens, elle devra enfanter.
Mais attention mon garçon, il faudra la respecter :
Avant le mariage, elle ne doit rien toucher ni rien voir,
Il faut tout réserver, jusque pour le grand soir.

Ainsi, plein de résolutions, il prit son bâton de pèlerin,
A force de chercher, il finit par dénicher,
La belle qu'il lui fallait, au détour d'un chemin.
On l'annonça partout, dans deux lunes, ils allaient convoler !

Mais à peine leurs fiançailles révolues,
L'ânesse voulu savoir, bref, elle n'y tint plus.
- Cessons ce jeu, et faites moi entrevoir,
Ce que vous cachez, ne me laissez pas dans le noir.
- Non ma mie, il n'en est point question,
Je ne veux point faire voeux de chasteté,
Mais je réclame ici toute votre attention,
L'abbé a bien énoncé que vous ne pourriez rien voir,
Jusqu'au jour bénit, ou vous pourrez tout savoir.

- Mais alors, laissez-moi au moins vous effleurer,
Que je puisse me faire une idée de vos bontés.
- Mais vous êtes têtue ! sachez que je le suis encore plus,
C'est même, savez vous, le propre de mes affaires,
Pour la dernière fois, tenons nous en à ce que dit le vicaire :
Ni examiner, encore moins palper, jusqu'aux noces sans aucun abus.

La jeune délurée, qui voulait quand même connaître
Ce qu'on disait de l'âne, qu'il était bien monté,
Se dit, elle avait une idée, après tout, il faut tout essayer :
- Et sentir, croyez-vous que cela pourrai se commettre ?

Humer ? , se dit le baudet , ici rien, ne contredit l'ecclésiastique !
- Faites vite, juste un instant, et surtout n'en profitez pas !
Il n'avait pas tout juré, la morale ne peut être un peu élastique ?
Pourtant si on la suit, mieux vaut aller sans alinéas,

Car il eut mieux valu pour lui, qu'il utilise sa semaille,
A vouloir trop cacher, on montre l'évident.
- Mais c'est avarié, il n'est plus question d'épousailles,
Cela n'attendra pas quinze jours, elles vont tomber avant.




Le bouc malade




Une séculaire paysanne, examinant son troupeau,
S'aperçut que son bouc, l'animal le plus beau,
Faisait pâle figure, trébuchait à chaque pas,
Qu'il aurait fallu une chèvre pour le tenir droit.

Elle manda l'homme de l'art qui lui dit en un mot,
- La bête est malade, il lui faut un congé,
Il a trop mangé de choux, il faut le ménager,
Lui faire prendre tel remède, le tenir au chaud.

La vieille bique à ce discours fût grandement affligée.
Qui était responsable ? Il lui fallait un émissaire,
Pour son bouc que maintenant, il fallait aliter.
Pensive, elle se caressa la barbe mentonnière.

- Je vais devenir chèvre, mais comment y remédier ?
Qu'importe la raison, il faut le sauver !
Nous sommes en hiver, comment le chauffer ?
J'y suis, j'ai trouvé, il viendra dans mon pucier.

- Mais vous n'y pensez pas, dit l'homme de vie,
Ce serai trop puant, je ne peux le permettre
Sans se démonter, la vieillarde répondit :
- Il faudra qu'il s'y fasse, s'il veut se remettre !

Et oui, quand on aime, on peut voir chez soi-même,
Bien plus de défauts que chez ceux qu'on aime.




L'éducation du crapaud




- Mon fils, il faut que tu sois fort, C'est le jour de tes noces,
Fais honneur à ta famille, je veux que tu sois précoce.
Ainsi pas de mottes de terre, pas plus que tes compères,
Tu n'enlaceras ce soir, il te faut une bonne mère.

Quand tu l'auras choisi, qu'elle ait le ventre bien gras,
L'air avenant, bonne et fière, tu l'enlaceras,
Et au moment opportun, à l'endroit de sa fourrure,
Fermement tu introduiras, l'objet de ta luxure.

L'héritier à ces mots, ayant tout retenu,
Se mis en quête d'une belle toute nue,
Il la choisit comme il faut, il en fit son affaire,
Puis le lendemain, il questionna son père :

Elle m'a reçu les bras ouverts, elle avait un beau duvet,
Mais ayant suivi ta recette, elle parut indolente,
En tout cas je puis te dire que je ne lui fis aucun effet,
Le patriarche fut déconcerté par cette nouvelle désolante

- Les bras m'en tombent, je désespère,
Ainsi, les siens sont restés croisés ?
Si tu savais, malheureux père,
Comme tu es près de la vérité !
Quitte à expliquer, il ne faut pas éluder,
Non plus que tourner autour du pot.
- Et ce n'est pas faute d'avoir essayé !
Répondit crânement, ce jeune sot,

Dans son pelage, des deux côtés,
Et même, à plusieurs reprises,
Sous le bras, je l'ai coincé.
Si tu avais vu comme je l'ai prise !




La jeune truie




- Les mâles sont des cochons, dit la truie à bon droit,
Et s'il faut bien faire son devoir conjugal,
Se marier avant tout, c'est avoir un toit.
Et qu'on ne me parle pas de je ne sais quel régal.

Ainsi parla la rombière à la plus jeune de ses filles,
C'était à se demander, par quel miracle, elle l'eût.
- Et à son mari, on ne montre pas ses billes,
Refuse tout ce qu'il demandera, ne soit pas férue.

Ah, bien sur, le premier soir, il faudra y passer,
Ferme les yeux, serre poings et dents, il va se lasser.

Puis les jours passèrent, elle n'y pensa plus,
Ses jeunes seins se formèrent, et elle devint truie.
La tendre rencontra Cochonnet, il lui plut.
On les maria bien vite et cela fit grand bruit.

Le soir arriva où la jeunette se souvint,
De ce que lui disait sa mère, sur ces porcs malsains,
Elle se laissa faire, pensa que c'était un bon choix.
Pourquoi ne pas réessayer, ce n'est pas si désagréable que ça ?

Puis les jours passèrent, elle n'y pensa plus,
Mais tous les soirs, elle se faisait effacer
Les ans, les galères, tous ces moments perdus,
Par son cochon de mari, qui savait bien l'enlacer.

Mais un jour de mai, quelle folie il lui prit,
De lui demander aussi de se retourner.
- Ah ça non, jamais, ma mère me l'avait bien dit,
Vous êtes tous des porcs, des gorets, vous me répugnez !

L'obscénité n'est que celle que l'on croit,
Ce qui est pour les uns, ne l'est pas pour les autres,
Et personne ici bas, n'en peut être l'apôtre.
Elle s'en aperçut trop tard, quand il dit à son endroit :

- Je n'en disconviens pas, mais je te fais remarquer
Qu'il faudra quand même le faire, si tu veux enfanter.




Merci de me lire




Merci d'avoir bien voulu lire, et, je l'espère, apprécié, cet extrait de mon recueil de fables.


Le recueil complet comporte cent fables, vous avez sous les yeux toute l'introduction et les dix-sept premières fables. J'ai, en effet, trouvé plus pertinent de vous en livrer les dix-sept premières, afin de ne pas détruire le charme de la découverte du recueil complet en sélectionnant les dix-sept meilleures !
Il ne manque que la table des matières, l'index, un bestiaire :
Ce recueil complet, à l'heure actuelle, n'existe que sous la forme d'un manuscrit, en effet, je cherche actuellement un

Editeur




Si un éditeur est interessé, il peut me contacter par mon adresse eMail.
Si vous même qui m'avez lu, connaissez ou pouvez me faire connaître un éditeur, je vous serais gré de me le faire savoir ...

Merci.



Aidez moi

Il est en effet très difficile de se faire remarquer par un éditeur aujourd'hui, et vos encouragements, même s'ils vous semblent inutiles, pourraient m'aider précieusement.
Alors prenez un peu de temps, écrivez-moi pour me dire ce que vous pensez de votre lecture ...

Je vous en remercie par avance


  Thierry MARTIN



Annexes




Déclaration universelle des droits de l'animal


Proclamée à Paris, le 15-10-1978, à l'UNESCO. Son texte (publié en 1977) a été révisé par la ligue Internationale des Droits de l'Animal à Genève le 21-10-1989.


Préambule.



Considérant


Il est proclamé ce qui suit :


Article 1
  1. Tous les animaux ont des droits égaux à l'existence dans le cadre des équilibres biologiques.
  2. Cette égalité n'occulte pas la diversité des espèces et des individus.
Article 2
  1. Toute vie animale a droit au respect.
Article 3
  1. Aucun animal ne doit être soumis à de mauvais traitements ou à des actes cruels.
  2. Si la mise à mort d'un animal est nécessaire, elle doit être instantanée, indolore et non génératrice d'angoisse.
  3. L'animal mort doit être traité avec décence.
Article 4
  1. L'animal sauvage a le droit de vivre libre dans son milieu naturel, et de s'y reproduire.
  2. La privation prolongée de sa liberté, la chasse et la pêche de loisir, ainsi que toute utilisation de l'animal sauvage à d'autres fins que vitales, sont contraires à ce droit.
Article 5
  1. L'animal que l'homme tient sous sa dépendance a droit à un entretien et à des soins attentifs.
  2. Il ne doit en aucun cas être abandonné, ou mis à mort de manière injustifiée.
  3. Toutes les formes d'élevage et d'utilisation de l'animal doivent respecter la physiologie et le comportement propre à l'espèce.
  4. Les exhibitions, les spectacles, les films utilisant les animaux doivent aussi respecter leur dignité et ne comporter aucune violence.
Article 6
  1. L'expérimentation sur l'animal impliquant une souffrance physique et psychique viole les droits de l'animal.
  2. Les méthodes de remplacement doivent être développées et systématiquement mises en oeuvre.
Article 7
  1. Tout acte impliquant sans nécessité la mort d'un animal, et toute décision conduisant à un tel acte constituent un crime contre la vie.
Article 8
  1. Tout acte compromettant la survie d'une espèce sauvage, et toute décision conduisant à un tel acte constituent un génocide, c'est à dire un crime contre l'espèce.
  2. Le massacre des animaux sauvages, la pollution et la destruction des biotopes sont des génocides.
Article 9
  1. La personnalité juridique de l'animal et ses droits doivent être reconnus par la loi.
  2. La défense et la sauvegarde de l'animal doivent avoir des représentants au sein des organismes gouvernementaux.
Article 10
  1. L'éducation et l'instruction publique doivent conduire l'homme, dès son enfance, à observer, à comprendre et à respecter les animaux.



liens Pour Rigoler :




Le Web pour rigoler
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